Le livre de l’orgue anonyme de Limoges

 

Elena SARTORI aux Grandes Orgues Historiques de Rozay en Brie

 

L’interprète de cette excellente œuvre discographique est l’organiste et Chef de choeur Elena Sartori. Les intérêts musicaux de cette artiste de Ravenne vont de la musique pour orgue (elle a étudié avec Daniel Chorzempa à Basilée et Salzbourg) à la direction d’orchestre (avec le mentor de l’Ecole de Bach Helmut Rilling de Stuttgart), en passant par le chant baroque et la sémiologie grégorienne. Mais dans ce CD elle nous présente une anthologie complète de la musique baroque française, tirée du Livre d’Orgue de Limoges, et jouée sur l’orgue historique anonyme de Notre Dame de Rozay en Brie (près de Paris).

            Le Livre d’Orgue de Limoges est une anthologie anonyme de pièces manuscrites pour orgue pour les offices religieux, de la période 1720, qui a été donnée par Christian Gaumy à la Bibliothèque Nationale de Limoges en 1992. L’anthologie contient tous les styles de la musique française pour orgue – les mêmes codifiés par François Couperin surnommé « Le Grand » dans ses deux Messes – à savoir Plein Chant, Fugue, Récit, Dialogue, Plein Jeu, Duo et Trio. Des 51 pièces anonymes (dont 13 attribuées à André Raison, Gilles Jullien et Gaspard Corrette) l’organiste Elena Sartori en a choisi 29, en les jouant avec beaucoup de musicalité et de bon goût. L’interprète nous conduit à travers des indications originelles d’interprétation (registrations, changements de claviers, ornements) à travers l’univers sonore que l’on pouvait entendre durant le XVIII siècle en participant à une messe dans une grande église en France ; en faisant découvrir à l’auditeur un microcosme musical inédit, composé de rigueur et de sévérité, mais aussi de finesses et galanteries.

            Ce qui rend cet enregistrement très captivant est l’esprit et la religiosité qui affleurent à l’écoute de cette musique, sûrement musique de consumérisme mais pas du tout consommée. Il y a là de la participation émotive, il ne s’agit pas d’une simple reconstruction historico-musicale qui suffirait pour démontrer l’important apport musicologique. Même le choix de l’instrument (restauré en 1996 et sonnant aujourd’hui comme à son origine) donne à l’écoute d’Elena Sartori une authenticité qui va au-delà de la bonne exécution de l’époque.

            Nous espérons que ce CD trouvera bientôt sa place non seulement dans les discothèques des passionnés et des experts du domaine, mais aussi dans les bibliothèques, les universités et les conservatoires.

 

Traduction : Alice Carrara